Alors elle s'aperçut qu'elle n'avait plus rien à faire, jamais plus rien à faire. Toute sa jeunesse avait été préoccupée de l'avenir, affairée de songeries. La continuelle agitation de ses espérances emplissait, en ce temps-là, ses heures sans qu'elle ne les sentît passer. Puis, à peine sortie des murs austères où ses illusions étaient écloses, son attente d'amour se trouvait tout de suite accomplie. L'homme espéré, rencontré, aimé, epousé en quelques semaines, comme on épouse en ces brusques déterminations, l'emportait dans ses bras sans la laisser réfléchir à rien.
Mais voilà que la douce réalité des premiers jours allait devenir la réalité quotidienne qui fermait le porte aux espoirs indéfinis, aux charmantes inquiétudes de l'inconnu.
Oui, c'était fini d'attendre.
Alors, plus rien à faire, aujourd'hui, ni demain, ni jamais.
Elle sentait tout cela vaguement à une certaine désillusion, à un affaissement de ses rêves.

